Le Quid est en pleine forme.
Il laisse exploser sa verve,
plongeant dans l’expectative,
la plupart du temps, le jeune auditoire
qui n’y comprend goutte.
Cet étalage de savoir impressionne l’instituteur
à qui, faut-il le dire, les arguments sont destinés.
Capacité, puissance, débit, poids,
jusqu’à la pression des pneus, tout y passe.
Il en est épuisant mais à réussi à attirer
des pompiers qui s’imprègnent,
qu’ils ont raison,
de ces informations qui leur tombe du ciel.
Ayant terminé de louer la technicité
avancée du monstre, le Quid descend
de son perchoir, démarre le moteur
et envoi la sauce.
C'est-à-dire l’eau, il va de soi.
Il a juste oublié une seule chose.
Un détail.
La lance, là haut, qui peut remplir
3000 bouteilles d’eau à la minute,
comme il l’a si bien imagé aux enfants,
ne possède pas de robinet de fermeture.
Tout ce qu’on lui fourni, elle le recrache aussitôt.
A 15 bars de pression, nous ne sommes pas loin
des prouesses annoncées, rapport aux bouteilles d’eau.
C’est avec une certaine délectation,
de la part des pompiers notamment,
que l’assemblée assiste au spectacle saisissant
du puissant jet d’eau jaillissant sans retenue,
droit dans le ciel.
A vue de nez, il doit bien s’élever
à une cinquantaine de mètres de haut,
avant de redescendre en une pluie battante,
qui inonde le lieu et baptise
jusqu’au plus infidèles d’entre nous.
Tout le petit monde s’éparpille afin d’échapper
à l’averse ‘made in The Quid’.
Et ce dernier, loin de se rendre compte
de sa monumentale bévue, choisie la solution
la plus évidente dans ce cas précis :
monter sur le camion afin d’orienter le jet dévastateur.
Trop de neurones entrave le flux de ses idées.
Il saute sur le canon et tourne la manivelle
afin d’abaisser le jaillissement intempestif.
Le jet, certes, s’abaisse. Mais c’est pour mieux
se projeter par dessus le toit de la caserne.
Et de l’autre côté, c’est la rue de laquelle
montent des cris de désapprobation.
Coups de frein et de klaxons,
les usagers de la voie publique semblent maudire
cet orage inopiné et très localisé.
Quelqu’un se dévoue bien pour baisser le régime
de la pompe du fourgon, mais comme nous le savons,
matériel neuf requière techniques nouvelles et
personne n’est vraiment performant quant à ces dernières.
Tant mieux, ça nous permet de rigoler encore un peu,
surtout le marmots qui n’ont jamais vu un tel spectacle.
Remarquez, moi non plus. l’artilleur voit bien que
son tire anti aérien disparaît
hors des limites autorisées.
Il hurle de couper l’eau tout en tournant la manivelle.
Le puissant jet frappe à présent les tuiles,
qui résistent tant bien que mal à l’agression,
puis explose contre la façade du bâtiment
qui abrite les chambres de garde.
Parmi les quelques pompiers se trouvant au cul de l’engin,
un appuie enfin sur le bouton coupant
automatiquement la pression. Le jet perd de sa vigueur,
et ce faisant, descend petit à petit le long du mur.
Il détrempe les carreaux d’une fenêtre du deuxième
étage puis, continuant sa route descendante,
frappe aux carreaux de la fenêtre du dessous.
Par pure politesse, certainement,
cette dernière s’ouvre en grand,
absorbant goulûment le flot rafraîchissant,
comme le naufragé du désert aspirerait
son seau d’eau fraîche.
(à suivre...)